Prendre racine autrement : changer de vie et devenir maraîcher bio à l’âge adulte
Des destins qui bifurquent, il y en a toujours eu. Mais depuis quelques années, ils semblent fleurir plus nombreux au détour d’un chemin de campagne ou sur...
Dans le paysage ondoyant du Loir-et-Cher, les rangées de vignes dessinent depuis des siècles la silhouette de nos coteaux. De la vallée du Cher aux collines du Vendômois, la vigne n’a jamais été qu’un décor ; elle façonne l’économie locale, les gestes quotidiens et même la mémoire des familles. Aujourd’hui, devant les défis climatiques, économiques et sociétaux, les pratiques viticoles de cette belle région sont en plein bouleversement. Si le vignoble survit à l’Histoire, c’est justement parce qu’il sait se réinventer.
Au cœur du département, les Appellations d’Origine Contrôlée (AOC) Cheverny, Cour-Cheverny, Touraine ou encore Coteaux du Vendômois témoignent de la richesse et de la diversité des cépages et des méthodes pratiquées ici depuis le Moyen Âge (Vins Val de Loire). L’ardoise, le tuffeau, la lumière changeante de la vallée jouent un rôle fondamental dans ce que l’on nomme ici le « goût du terroir ».
L’anecdote : le romorantin n’existe pratiquement qu’ici, à Cour-Cheverny, une spécificité dont le Loir-et-Cher est fier, citée par l’INAO (INAO).
Les vins du Loir-et-Cher sont désormais à la croisée des saisons : hivers plus doux, précocité des bourgeons, sécheresses estivales, et épisodes orageux plus fréquents bousculent la vigne. Les données de Météo France confirment que la température moyenne annuelle en Centre-Val de Loire a gagné près de 2°C depuis les années 1950 (Météo France).
Les vignerons adaptent leurs pratiques : gestion de la canopée, semis d’engrais verts entre les rangs pour garder l’humidité, et recherche de porte-greffes plus résistants à la sécheresse.
L’adaptation, c’est aussi une question de conviction. En Loir-et-Cher, la viticulture biologique est en plein essor. Aujourd’hui, plus de 19 % des surfaces viticoles sont engagées en bio ou en conversion, soit près de 1 200 hectares selon l’Agence Bio (Agence Bio). C’est un bond de 11 points en dix ans !
L’évolution des pratiques ne s’arrête pas aux champs. Dans les caves aussi, le souffle de l’innovation se fait sentir. Les vignerons du Loir-et-Cher testent, adaptent, échangent à l’échelle du Val de Loire, avec l’appui des chambres d’agriculture et de l’INRAE.
Un des aspects marquant de l’évolution viticole locale est la dynamique collective. Le Loir-et-Cher compte plusieurs caves coopératives, parfois centenaires comme à Montrichard ou Noyers, fédérant des dizaines de petits producteurs. Face à la volatilité des marchés, le partage des outils, la mutualisation des ressources ou l’organisation de salons tel le Marché des Vins de Cheverny deviennent de véritables forces pour soutenir la filière.
Ce qui frappe, au fil des rencontres et des lectures, c’est le soin porté à l’identité du terroir. Même quand ils s’essaient à de nouveaux cépages ou à des techniques de vinification moins interventionnistes (macération pelliculaire, vins nature, etc.), les vignerons du Loir-et-Cher cherchent à préserver ce qui fait la singularité de leurs vins.
À travers chaque bouteille, c’est donc une histoire, une géographie, des gestes séculaires autant qu’une capacité à se projeter dans l’avenir.
Les vignobles du Loir-et-Cher ne cessent de s’inventer. En observa les initiatives de replantations collectives de haies, le développement de l’apiculture intégrée ou de jardins permacoles en lisière des parcelles, on devine une volonté de replacer la vigne au cœur du vivant.
Le Loir-et-Cher est un véritable miroir de l’évolution de la viticulture française : fidèle à la tradition mais sans cesse aux prises avec l’innovation, attentive à la qualité mais aussi à la viabilité écologique et économique. En 2023, on y compte environ 350 exploitations viticoles, dont 80 % à taille humaine (source : Agreste). Si les défis restent nombreux – vieillissement du vignoble, concurrence internationale, changement climatique –, les réponses apportées témoignent d’une capacité de résilience et d’une ouverture. Autant de raisons pour rencontrer les vignerons, parcourir les paysages, et (re)découvrir, dans un verre, toute la richesse d’un patrimoine vivant.