La jeune garde du Loir-et-Cher : un souffle neuf sur les terroirs

Dans le paysage viticole ligérien, le Loir-et-Cher fait figure de terre de transmission, d’innovation et désormais d’audace. Les vignes s’étendent sur plus de 3 800 hectares dans le département, principalement dans les appellations Cheverny, Cour-Cheverny, Touraine et Touraine-Mesland. Depuis quelques années, un vent de fraîcheur anime les villages vignerons, notamment grâce à de jeunes professionnels qui n’hésitent pas à bousculer les habitudes, explorer de nouveaux horizons et réhabiliter des savoir-faire oubliés (BNIC, Interloire).

Des parcours singuliers et une vision partagée : repenser le métier de vigneron

Cette génération trentenaire ou quadra se distingue d’abord par ses parcours souvent atypiques : certains reviennent sur les terres familiales, d’autres s’installent sans héritage, après une première vie loin des vignes, parfois même après de longs voyages. Tous ont pour point commun la volonté de donner du sens au vin, aussi bien dans le respect du vivant que dans l’acte de création.

Dans le Loir-et-Cher, selon les dernières statistiques (2023) d’Agreste, le nombre de domaines certifiés bio a doublé en moins de dix ans, pour atteindre près de 80 exploitations, souvent portées par de nouveaux venus ou de jeunes installés.

Coup de projecteur sur quelques domaines innovants

Nom du domaine Commune Appellation principale Innovation marquante
Domaine de Veilloux Fougères-sur-Bièvre Cheverny Biodynamie, cépages anciens, vin nature
Domaine des Huards Cour-Cheverny Cour-Cheverny Bio depuis 1998, innovation sur les élevages
Domaine Sébastien Brunet Vouvray (zone limitrophe 41) Vouvray, Touraine Élevage sur lies prolongé, vinification parcellaire
Domaine de la Petite Gallée (Camille Quenard) Onzain Touraine-Mesland Expérimentation cépages résistants, faible intervention
Domaine les Hautes Noëlles (Pierre Olivier Bonhomme) Pontlevoy Touraine Vin sans sulfites, macérations longues, amphores

Réinventer les pratiques œnologiques : du sol au verre

Agroécologie et biodiversité : la vigne autrement

Loin de l’image des monocultures, nombre de jeunes vignerons s’investissent dans la restauration de la biodiversité. Les haies sont replantées, les arbres reviennent dans les parcelles, les enherbements entre les rangs favorisent la faune auxiliaire. Par exemple, au Domaine de Veilloux, Michel et Sylvain Quenioux pratiquent la biodynamie depuis plus de vingt ans et multiplient les essais de cépages rares ou anciens, tout en réduisant considérablement le travail du sol pour préserver les micro-organismes. Chez Camille Quenard, à Onzain, la plantation de cépages hybrides résistants est testée pour diminuer drastiquement les traitements phytosanitaires.

Le retour du cépage oublié et la sélection massale

L’innovation passe aussi par la mémoire : le cépage Romorantin, unique au monde, est la fierté de Cour-Cheverny, mais d’autres cépages retrouvés viennent garnir les rangs, comme le Menu Pineau ou le Pineau d’Aunis. La sélection massale – technique consistant à replanter des pieds issus des plus belles souches anciennes, pour conserver diversité génétique et typicité – séduit la jeune génération lassée des clones homogènes.

Technologies minimalistes et retour aux méthodes douces

Si le vin nature connaît ici une croissance remarquable, ce n’est pas un effet de mode mais le résultat d’années d’expérimentations. Pierre-Olivier Bonhomme, à Pontlevoy, fait partie de cette génération qui ose la vinification sans sulfites ajoutés, les macérations longues pour les blancs (sans filtrage systématique) et l’élevage en amphores ou jarres de grès.

Ces approches se conjuguent avec une volonté de limiter l’usage des machines : pressurage lent, élevage sur lies, interventions douces à la cave, souvent dictées par le calendrier lunaire ou les signes empiriques du vin lui-même.

Une viticulture attachée au territoire et à l’avenir

Au-delà de la cave, ces vignerons réinventent la relation au consommateur : ouverture d’espaces de dégustation alternatifs, événements associatifs, randonnées dans les vignes, ateliers sur l’environnement, tout est pensé pour ancrer le vin dans le quotidien du territoire.

Les réseaux sociaux deviennent aussi de formidables vecteurs d’expérimentation : story sur la taille, live durant les vendanges, podcasts dans les chais, il n’est plus rare de suivre en direct l’évolution d’un millésime ou d’échanger sur la météo, le goût du sol, le choix d’une levure indigène.

Quelques adresses et pistes pour aller plus loin

Le Loir-et-Cher, laboratoire d’avenir pour le vin ligérien

L’histoire vigneronne du Loir-et-Cher s’écrit aujourd’hui à travers cette effervescence créative. Entre redécouverte du patrimoine ampélographique, engagement écologique, inventivité dans la cave et ouverture vers le public, la nouvelle vague porte haut les couleurs de la diversité ligérienne. Si chaque flacon raconte une aventure, ces jeunes vignerons invitent chacun à devenir explorateur, à la rencontre de vins qui bougent, entre racines solidement ancrées et horizons résolument ouverts.

Sources :

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