Prendre racine autrement : changer de vie et devenir maraîcher bio à l’âge adulte
Des destins qui bifurquent, il y en a toujours eu. Mais depuis quelques années, ils semblent fleurir plus nombreux au détour d’un chemin de campagne ou sur...
Impossible de parler de la fête de la Saint-Martin à Seur sans évoquer le personnage qui l’inspire. Né au IV siècle, Martin de Tours est l’une des figures les plus influentes du christianisme occidental : évêque, apôtre des campagnes, familier des populations rurales qui voient en lui la figure du protecteur, du saint proche du peuple. La célèbre légende du manteau — Martin partageant son vêtement avec un pauvre à Amiens — devient vite un symbole puissant du partage et de la solidarité (Catholic Online).
Dans la région Centre-Val de Loire, le culte de Saint Martin s’est enraciné très tôt, rayonnant à partir de Tours, dont la basilique attire des pèlerins de toute l’Europe dès l’époque médiévale. Ici, le saint n’est pas seulement un modèle religieux : il marque le calendrier rural, rythme la vie des communautés, et dans de nombreux villages — Seur compris — il donne son nom à l’église paroissiale. À Seur, l’église romane, reconstruite sur des bases plus anciennes, rappelle cette dévotion jamais démentie (voir les archives départementales du Loir-et-Cher).
Avant de devenir un jour férié national en France par l’Armistice de 1918, le 11 novembre était, dans tout l’Ouest et le Centre de la France, un jalon incontournable du calendrier agraire. La Saint-Martin marquait la sortie de l’automne et l’entrée dans l’hiver. Ce jour-là :
La Saint-Martin marquait donc une respiration entre deux cycles agricoles. Les familles de Seur profitaient de ce temps “hors de l’ordinaire” pour renouer les liens, échanger services et nouvelles, partager une table bien garnie avant l’austérité hivernale.
À Seur, la Saint-Martin débutait traditionnellement par une messe haute dans l’église paroissiale. Les cloches résonnaient dans toute la vallée, invitant les fidèles à rendre hommage à leur patron. Un temps, des processions étaient organisées dans les rues du village, parfois ponctuées de prières pour demander une saison clémente ou la protection sur les récoltes (source : Archives Paroissiales du Diocèse de Blois).
Après l’office, place aux réjouissances ! Il était d’usage de se réunir autour de tables généreuses. Le plat roi ? L’oie de la Saint-Martin. Ce volatile, engraissé pendant l’automne, occupait la place centrale du menu dans tout le bassin ligérien, perpétuant une tradition qui serait héritée du Moyen Âge. Selon les notes de l’INRAE, la vente d’oies connaissait même un pic inégalé en novembre dans la région, preuve de l’importance de ce rite local.
La veillée se prolongeait souvent autour d’histoires, de chants, et de dégustations de produits d’automne : noix, confitures, douceurs au miel… Dans certains foyers, la Saint-Martin était même l’occasion de redistribuer une part du dîner à quelque indigent ou voyageur de passage, renouant avec l’esprit de charité du saint.
L’atmosphère était également propice aux jeux collectifs : course aux œufs, concours de lancer de pommes, ou petits théâtres improvisés retraçant la vie de saint Martin. Certains habitants se souvenaient, jusque dans les années 1930, de jeux traditionnels où l’on devait “partager le manteau”, c’est-à-dire découper un tissu à l’aveugle pour le donner à un camarade dans le besoin. Autant de manières de sensibiliser les jeunes à la générosité !
De vieilles superstitions subsistaient aussi :
Des historiens locaux, comme Daniel Schweitz (Centre d’Études Supérieures de la Renaissance), relatent que ces rites, modestes ou exubérants, étaient autant de moyens de transmettre la mémoire collective.
Ce qui frappe en parcourant les archives de Seur et les témoignages recueillis dans la région, c’est la centralité de la fête de la Saint-Martin dans la vie sociale du village. À la différence des grandes foires urbaines ou des processions monumentales, la célébration à Seur restait d’une grande simplicité. Mais elle réunissait toutes les générations, rappelant l’importance du feraillage — ces grands repas où s’échangeaient des histoires et où se tissaient des solidarités discrètes.
Même lorsque la pratique religieuse a décliné au XX siècle, la Saint-Martin est restée un marqueur d’identité : pot-au-feu familial, invitation des voisins, partage d’un gâteau ou d’une bouteille. Le passage à la laïcité républicaine a transformé la fête — mais ce rendez-vous d’automne continue de fédérer, tant il incarne ces valeurs de fraternité et de transmission ancrées dans la culture locale (source : France Bleu).
Si l’on fête moins solennellement Saint-Martin à Seur aujourd’hui, l’intérêt patrimonial autour de cette date revient peu à peu. Des animations (randonnées, marchés d’automne, ateliers de cuisine autour de l’oie et conférences sur le saint), se développent dans plusieurs communes du Loir-et-Cher. Certaines années, l’église Saint-Martin de Seur propose à cette date une visite commentée, permettant de redécouvrir de vieilles fresques, des statues polychromes ou des objets rituels autrefois mis à l’honneur lors des célébrations.
Fêter la Saint-Martin à Seur, ce n’est pas seulement se tourner vers le passé : c’est s’ancrer dans une histoire collective qui n’a rien perdu de son sens. À l’heure où beaucoup cherchent à retisser des liens, à retrouver le goût d’un “partage vrai”, ces coutumes anciennes offrent de précieuses pistes. Peut-être croisez-vous encore, au détour d’une ruelle du village, le parfum d’une oie rôtie, l’écho d’une chanson qu’aimaient entonner les grands-parents ou le sourire d’un enfant qui partage, sans le savoir, le geste de Saint-Martin. L’histoire, ici, continue de s’écrire et de se transmettre — à chacun d’en être le conteur.