Prendre racine autrement : changer de vie et devenir maraîcher bio à l’âge adulte
Des destins qui bifurquent, il y en a toujours eu. Mais depuis quelques années, ils semblent fleurir plus nombreux au détour d’un chemin de campagne ou sur...
Seur est idéalement situé : à la croisée de la vallée de la Loire et de celle du Cher, et à la lisière des mystères sylvestres de la Sologne. Ce carrefour géographique et écologique explique la richesse de ses boisements. Les forêts sont constituées pour partie de vieux massifs domaniaux, d’anciennes futaies nobles, mais aussi d’espaces replantés ou entretenus pour l’exploitation du bois.
Cette diversité donne le ton : chaque parcelle ou taillis révèle une histoire différente, conditionnée par la nature du sol (plus ou moins acide, argileuse ou sablonneuse), l’humidité et les usages qui en ont été faits au fil des siècles. L’Inventaire Forestier National permet d’avoir une vision précise des tendances régionales : le Loir-et-Cher est à 34,5 % recouvert de forêt (Source : IGN, chiffres 2022), bien au-dessus de la moyenne nationale, un chiffre qui grimpe jusqu’à 50 % en Sologne.
Impossible de parler des forêts de Seur sans évoquer le chêne. Le genre Quercus règne ici en maître depuis le Moyen Âge, que ce soit dans les futaies de la Sologne, sur les coteaux du Cher ou dans les petits bois privés qui ceinturent les champs.
À eux deux, ces chênes représentent plus de 40 % des feuillus dans le Loir-et-Cher. Leur longévité est impressionnante : certains spécimens dépassent aisément les 300 ans dans les réserves proches de Chambord ou Cheverny. Ces “vieux sages” ont une valeur patrimoniale immense et ont parfois servi à la marine royale sous Louis XIV. À Seur même, le chêne est présent dans bien des sentiers, solitaire ou en bosquet, témoin silencieux de la vie rurale.
En pénétrant dans les bois au sud et à l’est de Seur, le paysage change : aiguilles, senteurs de résine, tronc droit et haut... Bienvenue dans le royaume du pin sylvestre (Pinus sylvestris). L’introduction de cet arbre sur fond de landes est typique des “Sologne blanches”.
Si l’on retrouve ces plantations jusqu’aux portes de Seur, c’est le témoignage d’une transformation récente du paysage. Le pin n’y est pas indigène mais il façonne, depuis un siècle, l’identité forestière locale.
Essence discrète mais bien présente, le châtaignier (Castanea sativa) aime les sols pauvres, à la faveur du climat doux des vallées. Il est, avec le charme et le hêtre (Fagus sylvatica), souvent utilisé en taillis. Ces arbres produisent du bois de chauffage, mais aussi des piquets, des outils, des matériaux de charpente.
Ces essences représentent environ 10 % du couvert forestier autour de Seur, mais leur importance va au-delà des chiffres : elles portent la mémoire des pratiques paysannes, du ramassage des châtaignes ou de la coupe du bois chaque hiver.
On le croit fragile, mais le bouleau a plus d’un tour dans son sac. Il s’impose souvent là où la forêt ou la lande voudrait régner, vite, sur les coupes récentes, les anciennes friches ou les sols très pauvres – typiquement les marges des forêts de pins vers la Sologne.
Le bouleau, comme le saule marsault ou le tremble, marque l’évolution naturelle des paysages forestiers locaux.
Près des ruisseaux et en fond de vallée, ce sont d’autres arbres qui dessinent le décor : aulne glutineux (Alnus glutinosa) sur les sols trempés, frêne (Fraxinus excelsior) sur les berges, parfois érable sycomore et saule blanc. Ici, le bois n’est jamais loin de l’eau, ces arbres résistent parfaitement à la saturation en eau et enrichissent d’une belle diversité la ripisylve.
La physionomie des forêts autour de Seur, comme partout en France, évolue vite. Le réchauffement climatique, la pression des parasites (chalarose du frêne, maladie du châtaignier, chenille processionnaire du pin) ou encore les tempêtes modifient la composition des peuplements.
L’observation attentive de ces paysages est aussi une belle manière d’anticiper à quoi pourraient ressembler les bois de demain autour de Seur, entre héritage et innovation.
Au fil des promenades, chaque sentier dévoile la carte d’identité unique des forêts de Seur : chêne pédonculé vénérable, pin sylvestre élancé, châtaigniers tordus, taillis de charmes ou bouquets de bouleaux lumineux… Observer les essences, c’est lire à la fois dans le passé rural, les goûts des propriétaires d'antan, la politique forestière, mais aussi les promesses de demain.
Difficile de ne pas être admiratif devant cette diversité, résultat d’une histoire pluriséculaire où la nature, certes, mais aussi les femmes et les hommes du territoire, ont écrit page après page la saga forestière. À chaque saison, la forêt change de visage : explosion de verts tendres au printemps, odeurs de mousse et de châtaigne à l’automne, silhouettes nues et mystérieuses en hiver. C’est une promesse de fabuleuses découvertes, pour le curieux attentif comme pour l’amoureux inconditionnel des bois.
Sources principales : Inventaire Forestier National (IGN), Centre régional de la propriété forestière (CRPF), ONF, “Forêts du Loir-et-Cher” (Éditions Alan Sutton), Atlas Les forêts de France (Le Monde, 2022), Observatoire Climat Centre-Val de Loire.